dimanche 24 août 2008

Lundi, à l’aube naissante...

La nuit fut laborieuse. Des blessures à soigner, des pièces, des objets précieux et des parchemins magiques à partager et à dissimuler dans les plis et replis des baluchons, sans oublier les méditations et les prières de chacun pour restaurer charmes et sortilèges. A l'aube, Xxisx et Zach le premier de quart, viennent à la rencontre des trois amis.

L'embarcation approche de la florissante cité d'Arckopolis. Le fleuve Tion le blanc fend l'horizon de part en part. A sa gauche une immense steppe sauvage est blanchie par le givre matinal. Alors qu'à droite le fleuve se love contre des falaises aux dimensions titanesques derrières lesquelles, on distingue les neiges éternelles d'une lointaine chaîne montagneuse. Au travers des volutes de fumées qui s'élèvent des eaux tièdes du fleuve, les lumières rougeoyantes de la pénombre matinale découpent les premières habitations. La ville est taillée à même le roc. Elle a sculptée dans la falaise trois ou quatre étages de terrasses qui portent comme un lourd fardeau des constructions hétéroclites inextricablement imbriquées. Devant la proue du bateau, on distingue une enfilade de viaducs gigantesques qui prennent appuis sur et les basses terrasses loin derrières les quais de la ville pour traverser en dix enjambées au moins et à plus de quinze mètres de haut l'étendu des flots. Zach énumère : " Le pont d'Asfield, le pont de la veuve, le vieux pont et le pont des souffles". Il montre plus loin la pointe du Dragon. Il s'agit d'une curiosité du relief, une colonne de schiste et de quartz qui s'élève à plus d'une centaine de mètres au dessus des quais, bien au dessus des hauteurs de la cité. Pourtant la pointe du Dragon à laquelle la cité semble s'adossée plonge dans les eaux du fleuve. Zach explique que Tion le blanc et Tion le noir se joignent au pied de la pointe et que de là le fleuve Tion entame son dernier voyage à travers les steppes vers le sud, vers le port de Tiirstadt ou il se jette dans la mer froide. Les yeux perdus dans les murs de la cité, Zach reprend "Toute les cités ont une âme, mais l'on dit que l'âme d'Arkopolis s'incarne, la nuit venue dans le corps d'une femme. Elle se fait tantôt jeune tantôt vieille, tantôt bourgeoise et tantôt bohémienne, mais toujours vêtue de pourpre et de noir. Et ses prières seules portent jusqu'aux oreilles du Dragon...".

Sous le pont des souffles, alors que la pointe du Dragon semble maintenant colossale le capitaine, dépouillé de la moitié de son équipage, sollicite les services des passagers. Il s'agit d'utiliser de longues perches de bois souples pour accoster sans dommage et pour appuyer le bateau aux berges du quai. Xxisx s'exclame lorsqu'il reconnaît la taille hexagonale des pierres qui forment les rives de la cité. Arckopolis repose sur des fondations plusieurs fois millénaires qui furent bâties, au premiers temps du second age, par des hommes-lézard alors peuple esclave au services des draconiens.

Lyta pose enfin le pied sur la terre ferme, ou plus exactement sur le pavé Arkopolitain. Dans l'air glacé de l'aube elle souffle une volute blanche au creux de ses poings serrés près du visage. Il s'agit autant de réchauffer ses mains que de soulager son esprit des pressions accumulées. Elle n'envisagera plus de monter a bord d'un navire avant d'avoir affrontée, en son fort intérieur, les démons à la source de son hydrophobie.

Le pas de Lou, parait, en contraste, bien plus interdit. Cette immense cité au cinq cent milles âmes est une œuvre contre nature qui ne lui inspire rien de bon. Le Loup des neiges, semblant percevoir son inquiétude, vient s'interposer entre elle et les murs de la ville. Cette improbable protection réconforte pourtant Lou qui reprend confiance en libérant les crocs et le dos entravés de son compagnon.

Alors que les premiers flocons d'un hiver qui promet d'être rigoureux chutent sur ce jour naissant, Piterakk scrute les toits de la ville. Ses yeux perdus cherchent les tours qui recèlent, il le sait, des secrets les mieux gardés des arcanes magiques. Plongé dans ses rêveries faites de grimoires et de papyrus, il est bousculé sur les pavés des quais par deux centaures à la stature impressionnante. Ils portent une barde de croupe et de poitrail ainsi qu'un gilet de cuir aux couleurs de la ville qui les emplois : un dragon d'un blancs étincelant sur un fond bleu clair.

"Allons !" s'exclame une petite voie que seule Lyta entend. Elle la reconnaît cependant et son visage s'illumine. C'est la voie d'une petite créature aux capacités chromomorphiques étonnantes. Une créature qui avait pris la texture de la coque du navire sur lequel elle s'était dissimulée. Une texture bois sombre qui contraste maintenant avec le pavé gris et blancs sur lequel elle marche. Dans un mouvement souple le pseudodragon des glaces saute au coup de Lyta autour duquel il s'enroule en arborant depuis le crin de son cou jusqu'aux écailles de sa queue une couleur blanc-bleu azur.