Lyta est perplexe. Décidément ce bourgmestre ne lui inspire rien de bon. Se laisse t'elle emporter par son rejet instinctif de toute forme de hiérarchie sociale ? Certes, Sieur Darckoon règne en haut de sa petite pyramide, mais la pointe de l'édifice parait bien aiguisée, et finalement il a bien du mal à trouver son aise sur l'angle aigue de ce trône. Cette image réconforte la prêtresse. Elle s'est sentie abusée ce matin, lorsque son idée d'offrir les soins aux personnes qui en avaient besoin dans cette cité s'est transformée en une forme malsaine de propagande politique dans le quartier du guet. Il est vrai qu'elle a profité de ce contact privilégié avec les gens du peuple pour glisser quelques mots sur Elhonna, et elle a probablement suscité un intérêt sincère pour la déesse des forets chez quelques grands malades. Mais en cette fin d'après-midi ses doutes reprennent et elle ne sait toujours pas ce qu'elle décidera de faire demain matin. Le groupe s'est rangé devant un raisonnement simple : "nous avons mis en lumière la malveillance d'Algor de la foret. Or l'ennemi de mon ennemi est mon ami. Donc vive le bourgmestre.". Même Lou a suivit ce piètre raisonnement, mais pour Lyta Amitié et Arithmétique ne font pas nécessairement bon ménage. Si elle a consenti, elle ne se laissera pas abusée pour autant.
Repensant à la matinée, la jeune demi-elfe se souvient de ses conversations privilégiées avec le peuple de la cité. Le quartier du Guet est pauvre, miséreux même. Et la porte des miracles voit passer, chaque jour son lot de nouveau réfugiés. La prêtresse a pu mesurer à quel point la peur avait envahi les rues de la ville. Il lui sembla d'abord qu'il suffirait d'une étincelle pour que le peuple s'embrasse. Cependant parmi les patients qu'elle traitait, il y avait nombre de réfugiés venus chercher protection dans l’enceinte d’Arckopolis. Au cours de ses conversations elle découvrit à quel point les terra occidentalis étaient ravagées par huit ans de guerres obscures.
Lyta appris ainsi qu'au nord-est le comte d'Aamstadt guerroyait dans les terres du Northfolk. Il du cependant revenir précipitamment en sa citadelle qui était pillée par les troupes de la sainte vèhme. Le siège fut rompu a son retour, et l'essentiel des mercenaires employés par la sainte Vèhme se replièrent vers le pont du gouffre, seul point de passage entre le comté Aamstadt et les terres du Dragon. On raconte que le Dragon vint se loger sur la tour qui garde le pont. Sous le regard du dragon, un chevalier, portant une magnifique armure d'or et deux espadons gigantesques, stoppa les troupes et leur général. Poursuivi par le comte d'Aamstadt le général ordonna à ses hommes de déposer les armes devant le guerrier pour pouvoir franchir le gouffre. On dit que ce général est maintenant à Arckopolis.
Le Northfolk ne connu pas pour autant la paix. Des bateaux du sud profitèrent de la brume des fiords pour débarquer dans les villages côtiers endormis par l'hiver. La sainte Vèhme imposa son ordre au peuple. Et les villages qui choisirent de conserver leur parlement furent incendiés.
La pire histoire aux yeux de Lyta vient du Sud. Là bas, la cité fortifiée d'Arheim qui était sous la tutelle de la sainte Vèhme fut assiégée par des troupes orcs. Ce siège dura six mois et affama la ville pourtant logée au cœur d'une immense et généreuse forêt. Des troupes de la sainte Vèhme se portèrent enfin au secours des citadins. Mais devant le nombre des assaillants orcs, le général des troupes humaines ordonna que l'on allume en plusieurs lieux d'immenses incendies dans la forêt pour brûler les camps des assiégeants. Cette stratégie fut victorieuse, la forêt s'embrasa complètement, et repoussa les orcs au pied des murs d'Arheim ou les habitants trouvèrent une dernière fois la force de les repousser, dans les flammes. Cette victoire cependant consuma pendant deux longues semaines la forêt millénaire. Et les murs d'Arheim sont maintenant au centre d'un immense cimetière d'arbres calcinés sur lequel est tombé une neige noire, chargée de cendres. Sans combustible pour chauffer les cheminées et sous les assauts de cet hiver particulièrement rigoureux, les habitants épuisés quittèrent finalement leurs habitations.
Non, Arckopolis ne s'embrasera pas. Les citadins ont trop conscience d'être dans l'œil calme d'un cyclone infernal. Et le Dragon veille sur eux. Les troubles de la ville, cependant, sont l'expression de cette angoisse sourde que chacun dans la cité affronte de son mieux.
Certains, parmi les moins démunis lui ont demandé si ce mal avait un rapport avec le sang draconien. Les habitants de cette ville semblent tous persuadés d'avoir quelques affiliations lointaines avec les dragons. Il est fortement probable que ce ne soit pas le cas, et quand bien même, les rêves divinatoires de Lyta n'évoquaient que l'eau et le feu, les flétrissures et les brûlures. Un homme parla même de "pureté du sang". Une idée bien saugrenue surtout lorsque l'on vient demander des soins à une jeune et magnifique métisse elfe telle que Lyta. Elhonna enseigne que la magnificence de la nature réside dans sa capacité à consommer la vieillesse pour engendrer la jeunesse. Ceux qui cherchent à restaurer les lignages passés, la pureté du sang, ne valent pas mieux que les nécromants. Ils dénaturent la vie en souillant les morts.
Lyta enfin rencontra Célina et sa jeune sœur. Les deux bohémiennes étaient terrorisées, mais la prêtresse su leur faire dire leur terrible secret. Il n'aurait pas été possible d'en tirer d'avantage pour l'instant sans qu'elles s'enfuient, et même si Lyta ne sait pas où elles logent, elle est sure qu'elles reviendront vers elle lorsqu'elles en auront besoin.
En y repensant, cette idée de "sang draconien" a été évoquée par le bourgmestre lui-même. Rhétorique politique nécessaire à la prise du pouvoir dans la « cité du Dragon » ? Lyta en doute, elle n'a pas oubliée la représentation imagée de Darckoon le glorieux dans le hammam. Une présentation que Xxisx dénonça vigoureusement. En ces temps reculés, alors que le second age sombrait dans le chaos, les hommes lézard avaient refusés de se battre contre l'un de leur maître Dragon. Et ils l'ont payé chèrement. Comment faut-il comprendre la réaction du bourgmestre lorsqu'elle l'aiguillonna avec ses quelques fâcheuses vérités ? Il ne sembla ni véritablement surpris, ni profondément outragé, mais la confusion de ses réponses laisse à penser que connaissant la vérité il lui préfère le mensonge.