Mille citadins acclament les trois jeunes femmes alors qu’elles sortent de l’imposante tour du Guet, dans le quartier qui porte le même nom. Lyta exulte et la joie verse des sanglots lumineux sur ses joues rosies par la fraîcheur de la brise hivernale.
Ce matin, Lou s’est levée, une fois encore, bien avant l’aube. Elle c’est concertée avec Lyta, elle aussi très matinale, et elle a, une fois encore, convenue d’entreprendre l’élaboration des différents baumes et onguents curatifs, que la cité réclame. Zach, le premier de quart récemment installé dans le quartier de l’épée, et son nouvel ami, ont prêté main forte au deux jeunes femmes pour transporter les quatre tonneaux contenant les mixtures issues des secrets druidiques. C’est Groby, qui en sortant de l’auberge de la cigogne noire, au soleil levant, s’exclama le premier de voir ses deux nouvelles amies s’installaient sur le pavé glacé de la place au marché. Son exubérance d’enfant géant ameuta rapidement le voisinage et pour commencer, la plupart des hôtes de l’auberge. Bientôt, une nuée assaillie la prêtresse et son amie, qui submergée par son agoraphobie sombra dans un profond coma. Lyta n’eut pas l’opportunité de s’intéressé au devenir de Lou, tant la foule exigeait les traitements promis l’avant-veille. Ce sont finalement des centaures de la garde qui prirent en charge la jeune druide. Ces gardes envoyés par Reéric Leblond étaient venus jusqu'à la porte de la maison du chevalier Orion pour en quérir les habitants. Les jeunes compagnons avaient à répondre de leurs actes aux trois juges mandatés par les grands électeurs de la ville. Ils avaient séquestré le bourgmestre pendant ces vingt-quatre heures de tempêtes (au sens propre autant que figuré), et c’est finalement la femme aveugle d’Aldrik Darckoon, nommée Clairanne qui a succédée à son époux absent. Cependant dans l’après-midi de la veille, les jeunes héros ont su arraché, des griffes de l’école de drackonologie terrée dans des profondeurs de la cité, les preuves accablantes de la culpabilité du bourgmestre déchu. Ces mêmes preuves démontraient sans équivoque que la propre femme du bourgmestre fut aussi sa première victime trente ans plutôt. Les manipulations magiques qui furent exercées par Exalim Polerte, sur elle, comme sur les jeunes femmes récemment enlevées, n’avaient d’autre vocation que l’étude des entrailles de celle qui porterait la descendante de la lignée des « Darckoon ». L’entreprise folle de ce médecin dégénéré était d’établir une lignée draconienne de « sans pur » et il pensait même y arriver d’ici à la prochaine génération. Devant les divers parchemins et autres textes sellés du seau du bourgmestre, les juges ne purent qu’écrouer le détenu, jusqu’à l’heure prochaine de son exécution publique. La cité tout entière ne pourra admettre d’autre issue pour le responsable des méfaits qui ensanglantaient la ville. Au cours de leurs exposés des faits, les compagnons ont omis de parler des étranges pouvoir de la bohémienne Célina et de sa jeune sœur qui redoutaient d’être impliquées dans les affaires de la ville. Ils n’ont pas non plus parlé des preuves qui montrent le rôle des elfes noirs masqués derrière les seigneurs de la Sainte-Vhème. De telles allégations auraient mis la cité à feu et à sang, et c’est Claireanne elle-même qui le leurs demanda, lors d’une longue discussion durant un repas servi par Aureline à l’auberge de la cigogne noire la veille. Cette femme aveugle et dans la force de l’age inspire à chacun un profond respect.
Aux cotés de Lyta, Ambre et Lou, elles, marchent d’un pas plus interdit. Lou se réfugie dans le clap des sabots des centaures qui les accompagnent. Cette foule qui souffle sur l’ego de Lyta n’apporte à la jeune druide qu’une terreur sourde qui lui serre le cœur et vrille ses tempes. Si Lou n’avait pas obtenu, de l’arpenteur des horizons, Daman Elkebir, la promesse d’un spectacle cosmologique majeur, elle serait déjà partie sur les sentiers glacés du Norfolk. Il lui tarde de rejoindre le calme majestueux des grandes forets et la paix des lacs glacés du nord. Un Ancien les lui a montré, en songe cette nuit. Le visage de cet Ancien ne lui était pas inconnu, il s’agit du défunt druide, dont elle retrouva la tête dans le sac de l’elfe noire. Une tête réduite par quelques procédés magiques, et accompagnée d’un parchemin qui commanditait l’assassinat. Le songe que Lou fit cette nuit l’exhortait à se joindre aux puissants druides qui s’opposent par tous leurs moyens à l’installation de la Sainte-Vhème dans le Northfolk. Et les Triskells qui lui furent montrés semblent issus des mêmes fondements que ceux de son défunt père. Elle arpentera, dés que possible, les sentiers secrets des terres oubliées d’Ist’Gaard.
Ambre, quant à elle, n’apprécie guère la proximité de la garde de la ville. Pas plus qu’elle n’aime être la proie des milles regards de la foule. Ce talent qu’elle a vu exercé avec tant d’habileté par l’elfe noir, la veille, lui serait d’une grande utilité en cet instant, et elle se promet de travailler sans relâche pour devenir, elle aussi, une danseuse des ombres. En attendant ses talents de « monte en l’air » à la solde du Gueux devenu roy lui ont déjà values quelques démêlés avec la garde et le guet. Dans une antichambre de la tour, elle a pu s’entretenir quelques instants avec son maître qui sortait, serein, de l’officine de Réric Leblond. Bien que redoutant sa désapprobation, la jeune alfeline confia à son maître, son intérêt pour la maîtrise des ombres. Il lui répondit qu’il souhaitait la voir développer ce talent ancien et oublié, et que le maître de cette discipline, n’est autre que seigneur invisible des voleurs, que l’on nomme le maître des chats. Il se présente sous la forme d’un jeune homme aux traits félins et à la démarche dextre qui vit aux abords de l’ancienne capitale elfique maoul’efamat’voman. Cette citée, logée sur les contreforts forestiers des glaciers du Northfolk, fût dévastée par la guerre civile, puis désertée, aux premiers temps du schisme downien.
Sir Gontran finalement, fût le seul a ne pas s’expliquer devant les juges de la ville. Du Guet, on l’emmena à la caserne du Temple. Là-bas, il fût interrogé par sa hiérarchie sur les événements de la veille. Son supérieur, un chevalier aux milles mérites, qui n’a pourtant pas eu accès aux plus hautes fonctions de l’ordre, attacha une grande importance aux actes de la femme vêtue d’une seule pièce de cuir noir. Cette créature maudite qui harcela Sir Gontran jusque dans son repos longtemps après quelle soit morte, n’était pas une femme, mais une incube. Et selon son supérieur, la victoire du jeune paladin, sur une créature a ce point redoutable peu l’ouvrir à des fonctions en marge du Temple. Les terreurs nocturnes du jeune héros sont peut-être les manifestations d’un appel à la défense des dernières lueurs.
Finalement, mues par des motivations différentes et parfois inavouées, les membres de la troupe se préparent à quitter cette ville, en direction du nord. Seul leurs engagements auprès de Daman Elkebir les retiennent, et ce dernier leur a fait savoir, par un message laissé tantôt à Tillet, que le rendez-vous été reporté au lendemain.